COP 21 : Entre promesses et déceptions

Bilan de la COP 21 (aussi appelée l'Accord de Paris) : quelles sont les mesures qui ont été tenues par les pays signataires ?

Parti Pris, c’est un espace libre. Chaque article est une prise de position de la personne qui le rédige, qu’elle soit membre de Parti Civil ou invitée.

Il y a 5 ans jour pour jour, le 12 décembre 2015, les discussions de la COP 21, aussi connue sous le nom de Conférence de Paris ou Accord de Paris, prenaient fin. Elles ont permis d’aboutir à un nouvel accord international historique sur le climat. Cet accord, contraignant et applicable à tous les pays, vise à maintenir le réchauffement mondial en deçà du seuil de 2°C par rapport aux niveaux pré-industriels (1850), conformément aux préconisations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

La COP 21 est entrée formellement en vigueur le 4 novembre 2016 et est désormais ratifiée par 187 Parties (dont les 28 de l’Union européenne) représentant 96,98% des émissions1.

Concrètement, que contenait cet accord en termes d’engagements climatiques ? Les États ont-ils respecté leurs engagements ? Ces engagements sont-ils compatibles avec les scénarios 1,5°C et 2°C ? Quels sont les risques si les États venaient à manquer leurs engagements ?


Quels étaient les enjeux et les objectifs de la COP 21 ?

Une COP est une conférence internationale sur le climat qui réunit chaque année des pays signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC). Lors de la COP 21, en 2015, les 197 membres, aussi appelés parties à la négociation, se sont engagés à formuler des stratégies de développement à faible émission de gaz à effet de serre (GES) sur le long terme. Si des accords similaires avaient déjà été conclus en Europe, notamment dans le cadre du “Paquet climat-énergie 2020”2, celui-ci est le premier au niveau mondial à lutter directement contre le réchauffement climatique de manière contraignante. Les membres signataires se sont en effet engagés à respecter les objectifs contraignants qu’ils ont eux-mêmes définis, par opposition à des objectifs globaux qui auraient pu être imposés par la communauté internationale.

Un accord international qui prend en compte les différences des États signataires

L’accord reconnaît une responsabilité partagée mais différenciée des États. En d’autres termes, l’accord prend en compte les capacités relatives de chaque État à lutter contre le réchauffement climatique mais également les contextes nationaux différents. En effet, si la Chine est l’un des pays les plus émetteurs, cela n’a pas toujours été le cas. L’Europe et les États-Unis sont à date, les 2 plus gros émetteurs de CO2 en cumulé depuis le 18ème siècle et ont donc une responsabilité différente du fait de leur responsabilité passée3

Graphique représentant les émissions de CO2 des membres de la COP 21 (ou Accord de Paris).

Un accord qui prend en compte les questions de justice climatique

Une autre spécificité de cet accord est la notion de justice climatique. Les 197 membres n’ont pas tous le même niveau de développement. En particulier, les pays en voie de développement n’ont pas la même capacité que les pays les plus développés à développer des solutions technologiques efficaces pour lutter contre le réchauffement climatique. De ce fait, les pays les plus développés se sont engagés à apporter des financements pour aider les pays en voie de développement, à hauteur de 100 milliards de dollars par an, mais aussi à assurer un transfert de technologie afin de permettre à tous les pays de disposer des solutions nécessaires pour décarboner leur économie.

Un accord dynamique qui a vocation à réhausser les objectifs climatiques

Enfin, l’accord est défini comme dynamique dans le sens où les pays doivent revoir leurs engagements à intervalle régulier et renforcer leurs engagements en termes de réduction des émissions. Aussi, si l’objectif officiel est de limiter l’augmentation moyenne de la température en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels, les pays sont vivement encouragés à poursuivre leurs efforts afin de contenir le réchauffement climatique aux alentours de 1,5°C. En pratique, l’Accord de Paris prévoit que chacun des pays revoie tous les cinq ans ses engagements pour poursuivre l’effort de diminution de ses émissions de GES.

Afin de s’assurer que les pays augmentent continuellement leurs efforts dans la lutte contre le dérèglement climatique, chaque nouvelle contribution déterminée au niveau national devrait intégrer une progression par rapport à la précédente. Cependant, l’accord en lui-même et l’atteinte de l’objectif des 2°C ne sont pas contraignants juridiquement, seuls les Nationally Determined Contributions4 (NDC) le sont. Les pays ont donc été libres de fixer eux-mêmes leurs engagements nationaux et ce sont uniquement ces NDC qui sont contraignants. Le problème étant qu’à l’heure actuelle, les objectifs fixés dans les NDC ne permettent pas d’atteindre les 2°C. C’est l’une des critiques principales de l’accord car de nombreuses ONG pensent que certains pays ne feront pas suffisamment d’efforts pour atteindre puis rehausser leurs objectifs.

L’accord en lui-même et l’atteinte de l’objectif des 2°C ne sont pas contraignants juridiquement, seuls les Nationally Determined Contributions4 (NDC) le sont. Le problème étant qu’à l’heure actuelle, les objectifs fixés dans les NDC ne permettent pas d’atteindre les 2°C.

Les objectifs

Selon les données du GIEC, il faudrait que les émissions mondiales baissent de 40% à 70% d’ici à 2050 (par rapport au niveau de 2010) et atteindre une économie neutre en carbone durant la deuxième partie du XXIe siècle, idéalement dès 2050, pour limiter le réchauffement climatique à une hausse de température de 2°C à l’horizon 2100. Chaque région du monde ayant des responsabilités et des situations différentes. 

Pour rappel les principaux émetteurs en 2012 étaient la Chine, les États-Unis et l’Europe.

Les principaux émetteurs de gaz à effet de serre dans le monde sont la Chine (23,75% des émissions des GES), les Etats-Unis (12,1% des émissions des GES) et l'Europe (

Les objectifs de ces 3 régions du monde qui comptent pour près de 45% des émissions de GES mondiales suite à l’Accord de Paris étaient les suivants :

  • La Chine prévoit d’atteindre son pic d’émissions en 2030, même si elle ambitionne de l’atteindre avant, de produire 20% de son énergie à partir de sources d’énergie bas-carbone à l’horizon 2030 et de diminuer ses émissions de CO2 par unité de PIB de 60 à 65% par rapport au niveau de 2005 à l’horizon 2030. 
  • Les États-Unis prévoyaient avant leur sortie de l’accord de diminuer leurs émissions de GES de 26 à 28% par rapport au niveau de 2005 à l’horizon 2030.
  • L’Europe a décidé de fixer l’objectif de réduction des émissions de 40% par rapport au niveau de 1990 à l’horizon 2030 dans son “Cadre d’action en matière de climat et d’énergie d’ici à 2030”6.

5 ans plus tard, où en est-on ?

Chine

La Chine devrait respecter à la fois son engagement pour 2020 et ses objectifs en matière de NDC, malgré l’augmentation des émissions à moyen terme. Le précédent négociateur principal de la Chine sur le climat, Xie Zhenhua, avait exprimé l’opinion que la Chine pourrait atteindre ses objectifs de 2030 de manière précoce. Ces résultats ont été confirmés dans de nombreuses études ce qui laisse penser que la Chine devrait effectivement réussir à atteindre son pic d’émissions avant 2030, possiblement autour de 20257. Climate Action Tracker, un organisme indépendant qui suit l’action des gouvernements quant au respect de l’Accord de Paris, confirme que la Chine est également susceptible d’atteindre sans risque son objectif d’intensité carbone (quantité de GES émis par unité de production d’énergie) de 20308.

La raison principale est que l’objectif affiché par la Chine dans son NDC n’est pas compatible avec un scénario 1,5°C mais plutôt un scénario 3°C ou 4°C. Les récentes déclarations laissent cependant espérer que la Chine devrait rehausser ses objectifs et s’afficher comme un nouveau leader dans la lutte contre le dérèglement climatique9. La Chine reste le 1er émetteur au niveau mondial mais possède des géants mondiaux dans les secteurs des énergies renouvelables, du nucléaire, des véhicules électriques, etc. Une politique écologique volontariste permettrait à la Chine d’afficher un plan climat à la hauteur des enjeux, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.

L’objectif affiché par la Chine dans son NDC n’est pas compatible avec un scénario 1,5°C mais plutôt un scénario 3°C ou 4°C.

États-Unis

Les États-Unis devraient voir leurs émissions baisser de 20 à 21% par rapport au niveau de 2005 à l’horizon 2020. Si les États-Unis étaient restés dans l’Accord de Paris, ils auraient pu atteindre leurs objectifs de 26 à 28% de réduction de GES par rapport au niveau de 2005 à l’horizon 2030, principalement en raison du Covid et de la réduction des émissions liées à la production d’électricité (grâce à un moindre recours aux centrales à charbon)10.

Le problème des États-Unis n’est pas tant leur capacité à atteindre les objectifs de la NDC que leur volonté de rehausser les objectifs afin qu’ils soient compatibles avec les scénarios 1,5°C. Si tous les pays suivaient l’approche des États-Unis, le réchauffement climatique pourrait atteindre 3°C. La perspective d’un changement de cap avec l’élection de Joe Biden qui va faire réintégrer aux États-Unis l’Accord de Paris est néanmoins prometteuse. Le plan de relance qui sera voté suite à son élection devrait faire la part belle aux énergies renouvelables et aux technologies permettant une baisse des émissions de CO2 (véhicules électriques, rénovation thermique). Pour autant, ces investissements ne seront pertinents que s’ils s’inscrivent dans un objectif de réduction des émissions de GES plus ambitieux que celui qui avait été voté en premier lieu.

Le problème des États-Unis n’est pas tant leur capacité à atteindre les objectifs de la NDC que leur volonté de rehausser les objectifs afin qu’ils soient compatibles avec les scénarios 1,5°C.

Europe

L’Union Européenne, à travers son Cadre d’action en matière de climat et d’énergie d’ici à 2030, prévoit de réduire ses émissions de CO2 de 40% par rapport au niveau de 1990 à l’horizon 2030. Si cet objectif devrait être atteint, il reste très loin de l’objectif de 65% qui permettrait à l’Europe d’avoir des objectifs qui seraient compatibles avec l’Accord de Paris.

L’Union Européenne a bien compris que l’objectif initial de 40% n’est pas assez ambitieux et c’est la raison pour laquelle la présidente de la Commission européenne vient de valider un nouvel objectif de 55%. Cela permettra à l’Union Européenne de s’afficher comme la région du monde leader de la transition écologique. À court terme, ce nouvel objectif de 55% devrait ouvrir la voie à une nouvelle révision des objectifs qui cette fois-ci, s’ils atteignent 65%, pourraient être compatibles avec l’Accord de Paris. Bien sûr, il faudra que l’Union Européenne ne se contente pas d’afficher l’objectif de 55%, ou de 65%, mais mettent effectivement des actions en place afin d’avoir une cohérence entre ses déclarations d’intentions et les actions effectivement menées.

1,5°C ou 2°C, quelle différence ?

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) évoquait dès 2014 dans son rapport les différences entre les scénarios 1,5°C et 2°C : “Ces différences consistent notamment dans l’augmentation de la température moyenne dans la plupart des régions continentales et océaniques, des extrêmes de chaleur dans la plupart des zones habitées, des épisodes de fortes précipitations dans plusieurs régions et de la probabilité de sécheresses et de déficits de précipitations dans certaines régions”11.

Si le réchauffement planétaire est de +2°C (au lieu de 1,5°C), le niveau de la mer sera en hausse de 10 cm, impactant

Pour prendre quelques exemples concrets :

  • Un réchauffement planétaire de 2°C entraînerait une hausse du niveau de la mer environ 10 cm supérieure à celle du scénario 1,5°C. Ces 10 cm représentent 10 millions de personnes directement impactées qui devront potentiellement être déplacées.  
  • Un réchauffement planétaire de 2°C entraînerait une perte de l’aire de niche climatique pour 9,6% des insectes, 8% des plantes et 4% des vertébrés contre 18% des insectes, 16% des plantes et 8% des vertébrés dans le scénario 1,5°C.
  • Il ne devrait y avoir qu’un seul été arctique sans glace de mer par siècle en cas de réchauffement planétaire de 1,5°C. Cette fréquence passe à au moins un été par décennie en cas de réchauffement planétaire de 2 °C.
  • La limitation du réchauffement à 2°C plutôt qu’à 1,5°C pourrait, à l’horizon 2050, augmenter de plusieurs centaines de millions le nombre de personnes exposées aux risques liés au climat et vulnérables à la pauvreté.

Cette liste, loin d’être exhaustive, n’est malheureusement qu’une très courte présentation des différences majeures entre les scénarios 1,5°C et 2°C, qui pour l’instant sont loin d’être atteignables si l’on se réfère aux objectifs affichés dans les NDC.

Ce bref aperçu permet néanmoins de comprendre qu’un réchauffement climatique à 2°C aura des conséquences bien plus importantes qu’un réchauffement climatique à 1,5°C, d’où la nécessité pour les membres signataires de l’Accord de Paris de viser des émissions de CO2 compatibles avec le scénario 1,5°C.

Si seulement nous avions le “luxe” de choisir entre 1,5°C et 2°C…

Alors que tous les scientifiques alertent sur l’état d’urgence climatique dans lequel nous sommes, la tendance actuelle ne nous permettrait même pas d’atteindre le scénario 2°C. Selon le GIEC, les activités humaines ont déjà provoqué un réchauffement planétaire d’environ 1°C au-dessus des niveaux préindustriels et il est probable que le réchauffement planétaire atteindra 1,5 °C entre 2030 et 2052 s’il continue d’augmenter au rythme actuel. Sans un effort de réduction drastique, le chemin tracé conduit à une hausse de 3,7°C à 4,8°C , d’ici 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle.

Il existe pour autant des solutions pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, cela passe notamment par :

  • Une réduction importante dès maintenant des émissions mondiales ;
  • Un déploiement à large échelle de l’ensemble des technologiques de réduction des émissions (énergies bas-carbone, mobilité douce, bâtiments faiblement consommateurs d’énergies, technologies de stockage et capture du CO2, etc) ;
  • Un basculement vers de nouveaux modes de vie plus sobres et climato-compatibles.

Sans un effort de réduction drastique, le chemin tracé conduit à une hausse de 3,7°C à 4,8°C , d’ici 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle.


Malheureusement, les freins à la lutte contre le réchauffement climatique ne sont pas tant technologiques que politiques. Tous les groupes de pays tentent de préserver au mieux leurs intérêts. Les pays en voie de développement ne souhaitent pas renoncer à leur croissance qui est malheureusement inexorablement liée à une hausse des émissions. Les pays les plus développés ne sont pas encore prêts à accepter les efforts nécessaires tant du point de vue des enjeux climatiques que de leur contribution passée aux niveaux d’émissions actuelles. Par exemple, il n’est pas anodin que la Chine ait fixé avant tout des objectifs de réduction de CO2 par unité de PIB et non en valeur absolue, ce qui lui permet d’avoir une croissance moins émettrice, mais une croissance quand même, à la fois du PIB et des émissions de CO2.


Agir maintenant pour ne pas le regretter plus tard

La COP 21 a été une avancée majeure si l’on se réfère aux échecs des sommets internationaux précédents. Avant l’Accord de Paris, le réchauffement climatique à l’horizon 2100 devaient atteindre entre 4°C et 6°C. Après l’Accord, les objectifs fixés par les membres signataires devraient le limiter dans le « meilleur » des cas à 3,7°C si les objectifs des NDC sont respectés et non rehaussés. Dans la mesure où le principe même de l’Accord de Paris repose sur un processus itératif contraignant, nous pouvons être relativement confiant quant à l’obligation des membres à rehausser leurs objectifs. La question principale étant : est-ce que les nouveaux objectifs s’inscriront enfin dans un scénario 1,5°C ?

Pour finir, il est important de rappeler que la communauté scientifique a donné tous les éléments aux états, entreprises et citoyens pour qu’ils prennent les actions nécessaires afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Plus que jamais, il est l’heure d’avoir moins de discours et plus d’actions !

Portrait de Clément Limare, Responsable Etudes et Publications chez Parti Civil.

PAR CLÉMENT LIMARE


Pôle Publications et Etudes chez Parti Civil. Mais aussi, analyste en stratégie pour un industriel français de l’énergie. Prise de conscience du changement climatique Création d’un monde bas-carbone Transition énergétique Transition agricole.

Notes et sources

1. https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/climat-et-environnement/la-lutte-contre-le-changement-climatique/la-conference-de-paris-ou-cop21/
2. https://ec.europa.eu/clima/policies/strategies/2020_fr
3. https://ourworldindata.org/contributed-most-global-co2
4. Contributions déterminés au niveau national en français
5. https://www.carbonbrief.org/paris-2015-tracking-country-climate-pledges
6. https://ec.europa.eu/clima/policies/strategies/2030_fr
7. Gallagher et al., 2019 ; Green & Stern, 2016 ; Wang et al., 2019 ; Xu et al., 2018
8. https://climateactiontracker.org/countries/china/current-policy-projections/
9. https://www.latribune.fr/economie/international/neutralite-carbone-en-2060-l-objectif-de-la-chine-est-il-realiste-857966.html
10. https://climateactiontracker.org/countries/usa/fair-share/
11. https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2019/09/IPCC-Special-Report-1.5-SPM_fr.pdf

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