Écoféminisme : Pourquoi le réchauffement climatique creuse les inégalités de genre ?

Pancarte "The future is female" lors d'une manisfestion écoféministe contre les inégalités de genre.

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Les femmes ont 14 fois plus de risque de mourir lors de catastrophes climatiques que les hommes. Donc même face au réchauffement climatique, les femmes et les hommes ne sont pas égaux.

Les femmes ont 14 fois plus de risque de mourir lors de catastrophes climatiques, que les hommes. Ce qui renforce les inégalités de genre, face au changement climatique.

Ici on parle d’écoféminisme. Pourquoi ? Et puis, l’écoféminisme c’est quoi ? 

L’écoféminisme, c’est le parallèle de deux oppressions. L’oppression des femmes par le patriarcat et l’oppression de la Terre par l’Humanité ; certains parlent même de capitalisme patriarcal.

Le patriarcat est la manifestation et l’institutionnalisation de la domination masculine sur les femmes et les enfants dans la famille et l’extension de cette dominance sur les femmes dans la société en général. Le patriarcat a pour conséquence des stigmatisations des genres (comportements et qualifications présupposés aux sexes), des comportements oppressifs par les hommes sur les femmes et des inégalités entre les genres comme les inégalités salariales, inégalités de travail domestique ou des inégalités de droit.

L’écoféminisme est ainsi né pour dénoncer et lutter contre ces systèmes d’oppressions qui nuisent au bien-être des femmes, des hommes et de tous les êtres vivants qui composent notre écosystème. 

L’idée est donc de repenser les relations entre les hommes et les femmes, ainsi que l’Humanité et la terre. Imaginer un système plus juste dans notre exploitation des ressources, et plus égalitaire dans nos relations humaines.

L’écoféminisme c’est lutter contre les diktats féminins et masculins1 imposés par le patriarcat et contre l’exploitation irraisonnée des ressources.


Une double injustice : inégalités de genre et changement climatique

L’oppression de la Terre par l’Humanité a des conséquences dramatiques sur la planète. Le changement climatique a d’ores et déjà des impacts socio-économiques et sanitaires importants. Les femmes sont les plus touchées par ces impacts, particulièrement dans les pays en développement. Cela contribue également à exacerber les inégalités existantes entre les sexes et à ralentir le progrès vers l’égalité femmes-hommes. 

Prenons la comparaison des taux de mortalité : les catastrophes naturelles et leurs conséquences tuent en moyenne plus de femmes que d’hommes, et ce dans 141 pays du monde2. Dans les pays où la condition sociale, économique et politique de la femme est nettement inférieure à celle de l’homme (comme au Bangladesh, en Éthiopie ou encore en Inde), l’écart est encore plus important. En effet, les femmes et jeunes filles sont en moyenne plus pauvres que les hommes : elles sont 4,4 millions de plus que les hommes à vivre avec moins de 1,90 dollar par jour, soit 330 millions de femmes à travers le monde3

Le réchauffement climatique a donc un impact relativement fort et variable en fonction du genre, de la géographie et des moyens financiers.

La vulnérabilité des femmes dans les pays en développement s’explique par deux raisons : ces pays sont plus souvent sujets aux effets du changement climatique (inondations, sécheresses, typhons, désertification), et les filles et les femmes sont souvent moins bien armées pour lutter contre ces changements, à cause des injonctions sociales. Par exemple, dans certains pays d’Amérique latine ou d’Asie, les filles n’apprennent pas à nager (pour des raisons culturelles) ce qui les désavantagent lors de catastrophes telles que des inondations. Les femmes ont aussi souvent plus de responsabilités en matière de soin des enfants et des personnes âgées, ce qui rend plus difficile le départ du foyer. 

Autrement dit, les femmes souffrent davantage des conséquences du changement climatique en raison des normes et barrières sociales et culturelles. 

Les conséquences du changement climatique exposent les femmes à un plus grand risque de violence basé sur le genre. Les femmes des zones rurales assurent la gestion agricole dans leur communauté et leur foyer. Lors de périodes de sécheresses prolongées, comme en 2017 en Ouganda, les femmes et les filles étaient plus vulnérables aux agressions sexuelles car elles étaient obligées de faire des trajets plus fréquents et plus longs pour se ravitailler en eau et nourriture4

De plus, la précarité financière et l’insécurité alimentaire qui découlent des catastrophes naturelles peuvent mettre sous pression le rôle traditionnel des hommes, comme protecteurs de la famille, comme l’impose les diktats patriarcaux. Le sentiment d’échec à leur rôle présupposé favorise l’alcoolisme de certains hommes, ce qui les conduit fréquemment à devenir violents. Ce phénomène apparaît également dans des pays développés : comme en 2005 où suite à l’ouragan Katrina, de nombreuses femmes (surtout celles en situation de précarité) de la Nouvelle-Orléans, aux Etats-Unis, ont été victimes d’agressions sexuelles dans les abris et autres logements temporaires.

Agressions physiques, sexuelles mais aussi mariages forcés : 30 % à 40 % des mariages d’enfants au Malawi sont dus aux inondations et aux sécheresses causées par le changement climatique. Les familles, ne pouvant subvenir aux besoins de leurs enfants, marient leurs filles, de plus en plus jeunes, afin de diminuer le nombre de bouches à nourrir5

Le réchauffement climatique et ses impacts, peuvent conduire à une baisse de revenus pour certaines familles : elles ne peuvent subvenir aux besoins de tous les enfants et arrangent des mariages forcés pour les jeunes filles, afin d'avoir une bouche en moins à nourrir.

Ainsi, on peut constater que les femmes souffrent d’une double injustice : celle de lutter contre les inégalités de genre ainsi que le changement climatique. L’injustice devient triple si on y joint la pauvreté.

Malgré le fait que les femmes soient davantage victimes de ces inégalités, elles sont des actrices clés de cette lutte. Les femmes se sentent plus concernées par la cause environnementale, et ce depuis la fin des années 70. Les femmes du « Sud » et du « Nord » luttent pour la défense de leur environnement. Du mouvement antinucléaire aux États-Unis et en Angleterre dans les années 80, en passant par le mouvement Chipko opposant la politique gouvernementale de déforestation en Inde et le mouvement de la ceinture verte au Kenya, les combats se sont multipliés. Aujourd’hui, ils sont menés par des jeunes militantes écologistes telles que la suédoise Greta Thunberg au travers de ses différentes marches pour le climat à travers le monde. En France, les femmes ont été plus nombreuses à voter pour le parti EELV (17%) que les hommes (9%) aux dernières élections européennes.

Aux éléctions européennes, 17% des femmes ont voté pour une liste "Ecologie" contre 9% des hommes. Les femmes semblent donc plus concernées par le réchauffement climatique.

Les femmes sont donc déjà sur tous les fronts du combat environnemental et attendent impatiemment d’être incluses dans les prises de décisions politiques, car sous-représentées aujourd’hui.

Opposer les genres : le piège de l’écoféminisme

Certaines interprétations de l’écoféminisme définissent la femme comme plus proche de la nature, grâce ou à cause, de son caractère présumé doux et naturel, en intégrant son rapport de mère-nourrisière, mère-nature en opposition à celui de l’homme comme une puissance forte et qui massacre la planète. 

Cette opposition, entre les caractéristiques des hommes et des femmes, renforcent ici exactement ce contre quoi le féminisme, et donc l’écoféminisme se bat : les influences du patriarcat. Les caractéristiques attribuées aux hommes et aux femmes sont sociales et culturelles : non, les femmes ne viennent pas de Vénus, ni les hommes de Mars. 

Diviser la société entre les femmes et les hommes, d’un côté comme une victime et l’autre comme un bourreau, c’est renforcer les préjugés et inégalités de genre. 

Certaines et certains écoféministes arguent ainsi que c’est uniquement aux femmes de mener la lutte contre le réchauffement climatique, car elles en sont les premières victimes et les premières actrices. Oui, elles le sont et doivent être davantage incluses dans les prises de décision en raison de l’impact plus fort du réchauffement climatique qu’elles subissent. Mais ce n’est pas plus aux femmes de défendre la planète qu’aux hommes, au contraire : il s’agit de redéfinir le système pour plus d’égalité et de partage des responsabilités.

Le patriarcat implique la stigmatisation des femmes, la discrimination et le sentiment d'illégitimité. Ainsi, les femmes sont absentes des prises de décisions, renforcant ainsi les inégalités de genre.

Le terme anglais « reclaim » apparaît dans de nombreux ouvrages écoféministes. En français, il se traduit par “réhabiliter”, “réclamer” ou encore “réapproprier”. 

L’objectif est de redéfinir un modèle de société plus égalitaire, affranchi des diktats du patriarcat, pour une prise de décision collective sans distinction de genre. Ce modèle de société se veut émancipé des stigmatisations émettrices de pression social. L’écoféminisme, c’est donc déconstruire les stigmatisations liées à la féminité et à la masculinité pour légitimer à part égale la parole des hommes et des femmes.

S’affranchir des diktats du patriarcat, c’est déconstruire ce qui a été intentionnellement mis du côté des femmes pour les décrédibiliser dans leurs prises de décision, comme par exemple l’émotion, la douceur ou encore la timidité. Ces qualités ne représentent en effet pas nécessairement le genre féminin, mais une éducation culturelle.

L’écoféminisme ce n’est donc pas opposer le genre feminin au genre masculin, mais redéfinir une société plus égalitaire sans stigmatisation de genre.


Les inégalités géographiques et financières creusent les inégalités de genre. Il est donc important d’impliquer davantage les femmes dans les prises de décisions sur les manières de prévenir et de faire face aux impacts du changement climatique. 

Seulement, la prise de décision doit être collective, et inclure à la fois les hommes et les femmes : il ne faut pas tomber dans le piège qui consisterait à opposer les qualités présupposées des genres pour justifier une quelconque responsabilité. Les hommes et les femmes doivent redéfinir ensemble un modèle de société plus égalitaire, affranchi des diktats du patriarcat, pour espérer répondre aux défis écologiques actuels.

Portrait de Clara Laviale, responsable Financement et Levée de fonds chez Parti Civil.

PAR CLARA LAVIALE


Pôle Financement chez Parti Civil. Mais aussi, Partenariats, Marketing et Levée de fonds à l’OCDE. Egalité des sexes • Egalité des chances

Portrait de Marine Reinhardt, co-fondatrice de Parti Civil.

PAR MARINE REINHARDT


Co-fondatrice de Parti Civil. Mais aussi, chargée de levée de fonds chez Rêv’Elles.
Egalité des sexes • Protection de la biodiversité • Transition écologique et inégales conséquences du réchauffement climatique

Notes et sources

1. Diktats du patriarcat : il s’agit de comportements et attitudes historiquement imposés au genre sans justification. Par exemple, les femmes sont plus douces, doivent être jolies, fines et s’occuper des tâches ménagères alors que les hommes sont forts et puissants, et ils s’occupent de protéger et apporter un soutien financier à leur famille. Ces comportements sont injustifiés mais socialement imposés et impliquent des déviances quotidiennes comme des hommes qui coupent la parole ou rendent illégitime la parole des femmes.
2. Eric Neumayer & Thomas Plümper (2007): ‘The Gendered Nature of Natural Disasters: The Impact of Catastrophic Events on the Gender Gap in Life Expectancy, 1981–2002’
3. ONU Femmes (2018): ‘Traduire les promesse en actions : L’égalité des sexes dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030’
4. Programme des Nations Unies pour le développement (2020): ‘Why climate change fuels violence against women’
5. Mac Bain Mkandawire, le directeur exécutif de Youth Net and Counselling, une organisation qui lutte pour les droits des femmes et des enfants.

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